• Nounou et sa Mémé Irma

    Voilà que ce matin, Nounou nous refait un coup de nostalgie , la larmichette au coin de l'oeil , comme elle en a le secret , quoi ! .....
     
     
    "Ma grand mère IRMA ,aurait 137 ans aujourd'hui ."
     
     
    Une vie à la fois heureuse et rude .
    Son Grand Pére paternel , cordonnier  né à Pompéiana , duché de Génes vint à Marseille vers 1830 .
    Il épousa une   fille du pays dont les origines marseillaise remontent au moins au temps du Bon roi René . 
     
    Sa mére , dont les racines étaient aussi bien implantées dans le sol provençal, avait quelques ancêtres italiens  , aussi .....
    Son pére portefaix, sa mére voilière , comme ses filles ainées , un travail particuliérement rude mais qui avec le temps , avait amené quelques douceurs dans la famille , une famille particulièrement unie, où l'entraide était le credo journalier .
     
    Mémé Irma était la 8 éme enfant sur neuf ,la  dernière fille .Elle eut une enfance que l'on peut qualifier d'heureuse ,  même si dès 12 ans elle s'est  retrouvée apprenti couturière .
     
     
    "  tailleuse " comme il est dit sur sa carte d'identité .

     La coupe et la couture, circulaient dans son sang !

    Il fallait la voir tailler dans le tissu, sans patron , à grands coups de ciseaux ce qui ensuite assemblé devenait une merveille !
    Lui donner un patron de robe ou de chemisier ,  c'était la bousculer !
    Alors quand il fallait qu'elle travaille depuis un patron ,perturbée de ne pas laisser son instinct dicter ses ciseaux , elle 'taillait large'  afin de pouvoir corriger ensuite !!!!!!!!!

    Mémé Irma travaillait sans filet , au jugé , à l'imagination 
    et ses créations  étaient sincèrement GENIALES !!!!!!!!
     
    A 80 ans , passés , elle me créait encore des robes .
     
    Elle se maria , 24 ans passé,  parce qu'elle avait aidé sa mére à élever les deux enfants de l'une de ses soeurs ainées qui sur le tard , fit des études d'accoucheuse afin de reprendre la pratique de sa belle Mére .
     
    Devenue Grand -Mére , elle nous éleva en partie , nous ses deux petits enfants .
     
    Son époux étant "barbier" comme on disait alors, C'est Irma qui lavait  à la main , au lavoir les serviettes du magasin . La machine à laver n'existait pas , alors .Pendant la guerre , son seul enfant étant  bébé , elle assura la tenue du magasin de coiffure de son époux tout en continuant son travail de couturiere .
    Son mari ayant été gazé , Irma devenue veuve , toute économie envollée , l'assurance maladie , n'existait pas plus alors que la retraite , Elle se fit couturière à domicile !
    Quand il faut faire rentrer de l'argent pour faire tourner la maison, sans allocations de chômages, sans retraite , on fait ce que l'on peut !

    IRMA donc se fit une petite clientèle à jour fixe dans la semaine ! Elle allait chez ses clientes , pour la plus part du temps faire du 'ravaudage ' !
    Retourner les cols et les poignets des chemises, recoudre des boutons , repriser le linge de maison etc ..........

    Elle avait dépassé l'âge canonique de la retraite  qu'elle travaillait toujours !

    C'est bien simple , Irma dût travailler  jusqu'à 80 ans !
    C'est qu'à son époque, cotiser pour la retraite n'existait pas !!!!!!! Tout ce qui pouvait être fait c'était de toutes petites économies, grignotées sur le journalier bien maigre , pour faire à l'occasion un bien modeste cadeau , quand c'était possible .
    Son fils qui lui même se battait pour faire vivre et nourrir sa famille  , lui envoyait quelques sous ,de quoi régler le loyer , le gaz , l'électricité !

    Elle touchait quand méme un petit quelque chose, comme une réversion ,de la caisse des coiffeurs

    C'était plutot le corporalisme , alors  !

     et les caisses ne se mélangeaient pas! 
     Je ne sais pas comment cela fonctionnait !

    Je pense que le pépé coiffeur , avait dù verser  de son vivant !

    Trés prévoyant , Alfred !

     Quand la loi du 30 avril 1930, sur l'assurance maladie et la vieillesse fut votée  il recommanda  sans discussion à son fils  d' y souscrire ! Il avait assez roulé sa bosse , pour savoir ce que progrés social , voulait dire !

    Je me souviens des deux dernières clientes de ma Mémé !

    Une , presque en face de chez nous où elle devait aller  le mardi après -midi !
    L'autre nettement plus loin, boulevard de la corderie ! pour ceux et celles qui connaissent Marseille, ils voient le trajet que représente d'aller , à pieds  ,du haut du boulevard Vauban, au bout du boulevard  de la corderie et retour, toujpurs à pied ,à presque 80 ans !
    Si elle avait pris le trolley pour y aller et en revenir, le voyage aurait englouti son gain !!!!!!!!! C'est que ce dernier n'était vraiment pas élevé !

    Je me souviens aussi , que ses "patronnes " lui proposaient une tasse de thé sur le coup de 5 heures et grand mére qui réclamait si c'était possible

    du café prolétaire qui tenait chaud au corps et donnait de l'énergie "

    à la place du thé !

    " je ne suis pas malade pour boire de la tisane !!"

    Le jeudi qui était alors le jour où nous n'avions pas classe , quand Maman était avec nous, nous allions tous les trois la chercher à la sortie de son travail ! C'était, je m'en souviens , un moment de bonheur :!

    et demain cela fera 47 ans qu'elle nous a quitté .

    Elle avait eu 92 ans la veille .

    une vie bien longue et bien remplie . 

     


    Ah ben je comprends tout maintenant !

    Pourquoi Nounou est tant attachée à la machine à coudre qui couds plus !



     

    C'est la machine  de sa mémé Irma, à Ma Nounou .

    Elle lui avait été offerte pour ses 12 ans pour qu'elle apprenne à "piquer" comme disait Irma .

    C'est sur cette machine qu' elle même a apprit à Nounou à piquer ," et droit , s'il te plait ! "

    Mémé Irma aimait 2 fleurs par dessus tout !

    les violettes et les géraniums pour leur odeur .

    Elle aimait couper une feuille et la froissait dans ses doigts  pour en humer la senteur . 

     et voilà pourquoi, y a toujours des géraniums à la maison !

    « Quelques niouses de mon handicapée Lundi de Pentecôte »

  • Commentaires

    1
    Samedi 3 Juin à 18:17

    Encore un magnifique article, un bel hommage à une personne méritante. Quelle vie, c'est bien de rappeler ce qu'étaient les conditions de cette époque, dures mais se plaignait t'on vraiment pour un rien comme aujourd'hui ?

    Je ne dis pas qu'il faut y revenir, il faut juste ne jamais l'oublier.

    J'ai lu jusqu'au bout cette petite biographie, j'a retrouvé des traits communs avec mes grands parents  même si les métiers et les lieux de vie étaient différents. J'apprécie ces plongées dans le passé, je ne sais pourquoi

    Et la machine, la belle machine , oh oui la garder, comme un  petit bijou. J'en ai une aussi qui m'est très précieuse et qui a un peu les mêmes origines.

    Merci pour ce beau moment très émouvant. Bonne soirée en espérant que Nounou va mieux.

    Phiphi, tu es un vrai prix de beauté au milieu des géraniums.

      • Samedi 3 Juin à 18:47

        Merci Jean-Marc.

        Une femme très simple , mais exceptionnelle , comme ses soeurs, sa mére...Comme toutes ces femmes de ces temps là, enceintes presque tous les ans, qui n'avaient aucun appareil ménager pour les aider , qui travaillaient dur à l'extérieur et à l'interieur , qui ne plaignaient jamais, serraient les dents et qui à l'occasion portaient aussi 'le pantalon' comme on disait ....

        J'ai tellement d'admiration et d'Amour pour Elles ... 

        sinon, l'orteil est égal à lui -même ! les ligaments abimés commencent à faire moins mal .

        Il pleut en ce moment . De quoi rafraichir et faire du bien au jardin 

        Oh oui, Phiphi est une pure beauté . Les géraniums eux sont au jardin à présent .  

        douce soirée

         

        Caresses à toutes les moustachettes

    2
    Samedi 3 Juin à 19:01
    Coucou gentil Phiphi. Quel bel article et quel bel hommage ! Pardon Jean-Marc, mais sans vouloir vous copier, j'aurais écrit (parce que je le pense vraiment) quasiment la même chose excepté la machine à coudre, dont j'ai connu plusieurs modèles de mon enfance à l'âge adulte .... mais que de souvenirs !!!! Maman aurait eu 105 ans !
    Oui Phiphi cela me rappelle bien des choses même si j'étais petite fille. Moi aussi j'ai connu le Jeudi repos à l'école avec cathé le matin pour ceux et celles qui le souhaitaient - mais en dehors de l'école - car c'était l'école communale comme l'on disait !
    Je ne sais pas l'âge qu'aurait ma Grand-Mère maternelle car je ne l'ai guère connue.
    Et c'était dur du temps de mes parents, voire très dur du temps où eux-mêmes étaient enfants ou adolescents !
    Et pourtant que de bons souvenirs ns ont ils laissés.
    Moi non plus je ne regrette pas et j'apprécie les bons progrès (ma 1ère feuille d'assurance sociale et .... ma 1ère paie à 16 ans 1/2 amputée de 30 % alors pour les moins de 17 ans, puis 20 % ensuite jusqu'à 18 ans) !
    Oui aux bons souvenirs, non aux regrets de ce qui était dur .... MAIS un grand OUI à ne pas oublier .... non pas pour cette accusation de "vivre ds le passé au lieu de regarder vers l'avant" mais tout simplement pour mieux comprendre, mieux vivre ! Et puis s'il n'y a avait pas eu de passé il n'y aurait pas de présent.
    Merci gentil Phiphi pour ce bel article qui rejoint ceux que tu as déjà publiés ds le même thème ! Ils sont très agréables à lire et intéressants.
    Félicitations à Nounou qui, je l'espère, va mieux et bon rétablissement !
    Douces caresses à toi.
    Bisou à Nounou.
    Aujourd'hui ici il pleut et fait frais ! Sans doute meilleur chez toi ? Sinon sois sage : n'attrape pas froid ds le jardin !
    Ta photo parmi les fleurs est superbe !
    Bonne soirée
    Nicole75
      • Lundi 5 Juin à 10:04

        j'ai eu la chance exceptionnelle , d'être en partie élevée par ma Grand Mére paternelle et d'aller tous les jeudis et parfois plus que le jeudi, voir mon autre grand mére . J'ai perdu la première j'avais 28 ans et l'autre j'avais 19 ans . C'est dire que je les ai bien connues . Et oui c'est une énorme chance .je me souviens de mon grand-pére maternel , mais lui parlait très peu , Quand à mon grand pére paternel il est décédé en 1932 . Et c'est un grand vide . Encore quelqu'un au destin particulier .

        Coté pied, cela va doucement . Toujours les ligaments douloureux et l'orteil en papillote .

        doux lundi de Pentecôte

        Caresses à Stella, bises

        Nounou

    3
    Griseldis
    Samedi 3 Juin à 19:12

    Marrant, j'accompagne en ce moment les derniers temps d'une parenté âgée, Irma également.  Atteindre les 90 ans à l'époque de votre grand'mère, c'était exceptionnel. Mes grands-parents fermiers employaient des couturières à domicile qui raccommodaient, taillaient les vêtements de travail, les draps, tout le linge de maison.  C'étaient des femmes seules à petits revenus.  Elles ont disparu après la guerre.  Beau récit, Nounou, et belle assiette de Dresdes en fond de la Singer.  Prenez bien soin du Phiphi et de l'orteil.

    4
    Dimanche 4 Juin à 10:32

    Tout d'abord mon Phiphi je voudrais te dire que tu es superbe au milieu de ces géraniums et de ces colonnades toutes blanches, c'est divin ! Et pour l'histoire, eh bien c'est une histoire touchante, remplie de ces petits détails qui faisaient le quotidien de nos aïeux, et qui se sont perdus dans le temps. La nostalgie est un cadeau du ciel, elle nous donne à revoir les lointains souvenirs, elle ranime le passé, elle ressuscite nos chers disparus. Ces histoires ont une couleur, un parfum qui touchent le cœur. Merci à Nounou pour ses beaux souvenirs et merci mon Phiphi de si bien nous les rapporter ! Dis-moi, comment va l'orteil de Nounou, est-ce qu'elle peut marcher, est-ce qu-elle peut t'accompagner au jardin ? Un gros bisou pour toi mon Phiphi, un beau week-end pour toute la famille !

    5
    Griseldis
    Dimanche 4 Juin à 12:02

    2e com.  Il m'est revenu que mes grands parents avaient acheté  leur machine à coudre en 1915 à crédit, avec beaucoup de réticences car le crédit, c'était la porte de l'enfer, mais ils avaient besoin de cette machine pour "piquer des bâches".  Pourquoi des bâches? Je n'ai jamais su.  Vos géraniums sont le double des miens, et Phiphi est la plus jolie fleur...

    6
    Dimanche 4 Juin à 16:23

    Que bel hommage rendu à cette grand mère admirable, cela m'a rappelé la mienne, ma grand mère Reine, toujours en cuisine, lavage,  repassage, et chez qui tous les jeudis j'allais faire de la broderie .... et aussi à la saison des olives, elle me faisait casser les olives vertes pour faire de grandes jarres que la famille se partageait et qu'elles étaient bonnes !!!!! oui nos grand mères étaient de grandes dames, car vu l'époque elles savaient tenir une maison, s'occuper de nous et nous aimer, merci mille fois .

    Bonne fin de dimanche a tous sans oublier les éclopés !!!!!!!

    7
    Lundi 5 Juin à 17:14
    Un bel hommage qui m'a émue. Et je comprends bien l'attachement à tout ce qui rappelle cette belle personne. Elle m'a rappelée ma grand mère et ma maman.
    La couleur des géraniums te va à ravir Phiphi. Plein de câlins. Amitiés à tes bipèdes . J'espère que l'orteil de Nounou va au mieux.
    8
    Poupette
    Lundi 5 Juin à 21:41

    Un bel hommage pour mémé Irma ! C'est vrai qu'elle a eu une vie longue, laborieuse et bien remplie ! Une des tantes de ma maîtresse était également couturière. Mais dis-moi Phiphi, tu as une jolie terrasse et de beaux géraniums ! 

    Ronrons



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